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7 Septembre 2026Niveau : Essentiel

Aletta : le premier robot autonome de prélèvement sanguin autorisé par la FDA

📑 Sommaire
💡 En 3 points clés
  • L’imagerie infrarouge proche : elle détecte l’hémoglobine dans le sang, qui absorbe différemment la lumière selon les tissus. Les veines apparaissent en noir sur un fond clair, ce qui permet une première cartographie de leur position.
  • L’échographie Doppler : elle mesure la profondeur, l’orientation et le flux sanguin dans la veine pour distinguer celle-ci d’une artère (où le sang circule en sens inverse).
  • L’échographie haute résolution : elle affine la localisation de la veine et évalue sa qualité avant insertion de l’aiguille.

Un prélèvement sanguin sans contact humain

Imaginez une machine qui prélève votre sang sans qu’un professionnel de santé ne vous touche. Vous posez votre bras dans un berceau, vous appuyez sur un bouton, et le système prend le relais. Aletta, le premier robot autonome de prélèvement sanguin autorisé par la FDA aux États-Unis, réalise l’intégralité de la procédure : détection des veines, insertion de l’aiguille, collecte des tubes et pose d’un pansement. Seule une supervision par un phlébotomiste formé reste requise pour valider les étapes critiques.

Le dispositif, développé par la start-up néerlandaise Vitestro, combine trois technologies d’imagerie pour localiser et ponctionner une veine avec une précision submillimétrique :

  • L’imagerie infrarouge proche : elle détecte l’hémoglobine dans le sang, qui absorbe différemment la lumière selon les tissus. Les veines apparaissent en noir sur un fond clair, ce qui permet une première cartographie de leur position.
  • L’échographie Doppler : elle mesure la profondeur, l’orientation et le flux sanguin dans la veine pour distinguer celle-ci d’une artère (où le sang circule en sens inverse).
  • L’échographie haute résolution : elle affine la localisation de la veine et évalue sa qualité avant insertion de l’aiguille.
  • Une fois la veine identifiée, Aletta applique un garrot, désinfecte la peau avec un spray d’alcool à 70 %, puis insère une aiguille à un angle compris entre 10° et 30° avec une vitesse standardisée. Les tubes de prélèvement sont inversés exactement neuf fois après remplissage pour homogénéiser l’échantillon, puis la machine retire l’aiguille et applique un pansement. Le tout en 2 minutes et 37 secondes en moyenne, selon les données cliniques.

    Une performance clinique comparable aux phlébotomistes humains

    Les essais cliniques menés aux Pays-Bas sur plus de 1 600 patients ont montré un taux de réussite de 94,5 % dès la première tentative, même chez les personnes obèses, âgées ou présentant des veines difficiles d’accès. En cas d’échec de détection, le patient est redirigé vers un prélèvement manuel. Les complications étaient rares (0,6 % d’effets indésirables légers) et aucun événement grave n’a été rapporté.

    Ces résultats placent Aletta au niveau des meilleurs phlébotomistes humains. Joe El-Khoury, chimiste clinicien à Yale et non impliqué dans l’étude, souligne : « C’est une performance exceptionnelle. Elle est au moins aussi bonne, voire meilleure, que celle d’un professionnel formé. »

    Le système intègre également des sécurités multiples pour éviter les erreurs :

  • Des capteurs détectent les mouvements du patient et stoppent immédiatement l’insertion de l’aiguille si nécessaire.
  • Une aiguille « papillon » reste fixe pendant toute la procédure pour limiter la douleur liée aux mouvements.
  • Un phlébotomiste reste disponible pour superviser jusqu’à trois machines simultanément et intervenir en cas de problème.
  • Un outil pour pallier la pénurie de personnel en phlébotomie

    La phlébotomie est un métier en tension : aux États-Unis, le taux de vacance des postes atteint près de 10 %, avec un turnover annuel de 25 % dans certains laboratoires. Les retards dans les prélèvements peuvent limiter la capacité des laboratoires à traiter les demandes de tests diagnostiques de routine (numération sanguine, cholestérol, marqueurs métaboliques, etc.).

    Aletta répond à ce besoin en automatisant les prélèvements de routine, permettant à un seul phlébotomiste de superviser plusieurs machines. Luuk Giesen, directeur médical de Vitestro, explique : « Notre objectif est d’aider les laboratoires à surmonter les défis opérationnels liés aux pénuries de personnel, tout en standardisant la qualité des prélèvements. »

    Un défi persistant : l’équité entre les tons de peau

    L’un des enjeux majeurs des technologies d’imagerie optique en santé est leur biais potentiel lié à la pigmentation cutanée. L’imagerie infrarouge proche, utilisée par Aletta pour une première cartographie des veines, peut être moins efficace sur les peaux foncées, car la mélanine absorbe davantage la lumière avant qu’elle n’atteigne les vaisseaux. Cela réduit le contraste et peut compliquer la détection des veines superficielles.

    Vitestro affirme que son système reste performant grâce à l’utilisation complémentaire de l’échographie, qui n’est pas affectée par la pigmentation. Luuk Giesen précise : « L’échographie est indépendante du ton de peau. Nous avons des données non publiées montrant que la performance de Aletta ne varie pas selon les phototypes. »

    Cependant, des experts comme Brooke Katzman (Mayo Clinic) appellent à la prudence : « L’histoire des dispositifs médicaux montre que les biais liés à la pigmentation sont souvent sous-estimés. Nous devons vérifier que les échantillons prélevés par Aletta sont aussi adaptés aux tests de laboratoire que ceux prélevés manuellement. » Une étude américaine est prévue pour 2025 pour évaluer ces aspects.

    Un pas vers l’automatisation totale des laboratoires ?

    Aletta s’inscrit dans une dynamique plus large de robotisation des prélèvements sanguins. Des équipes comme celle de Martin Yarmush (Rutgers University) avaient déjà exploré des concepts similaires dans les années 2010, avec des prototypes capables de prélever et d’analyser des échantillons en quelques minutes. Ces projets, comme celui de la société VascuLogic (aujourd’hui disparue), n’ont pas abouti à une commercialisation, mais ils ont ouvert la voie à des solutions comme Aletta.

    À plus long terme, Vitestro envisage d’étendre les capacités de sa machine au-delà du prélèvement, vers une automatisation complète des analyses sanguines en point de service. Gregory Retzinger (Northwestern University), collaborateur de Vitestro, y voit une évolution inéluctable : « Je n’ai aucun doute : c’est l’avenir. »

    Pour l’instant, la start-up se concentre sur la phase de commercialisation en Europe (où Aletta est déjà certifié CE) et aux États-Unis, où la FDA a autorisé son utilisation en août 2024. Le déploiement effectif dépendra des résultats des essais cliniques en cours, notamment aux États-Unis, où les laboratoires attendent des preuves supplémentaires sur la qualité des échantillons et l’absence de biais.

    Note de Hype-mètre : 4/5 (Technologie validée cliniquement, mais déploiement à grande échelle encore en cours. Les enjeux éthiques et réglementaires restent à préciser.)

    Source : IEEE Spectrum

    Source : FDA

    Source : Medical Design and Outsourcing