Barbara Mazzolai : quand la robotique s’inspire des plantes pour mieux protéger l’environnement


Barbara Mazzolai a toujours eu deux passions : la biologie et l’ingénierie. Née et élevée en Toscane, près de la côte toscane, elle a grandi entourée par les forêts et les champignons, grâce à son père mycologue. Après un master en biologie marine à l’Université de Pise, elle se tourne vers l’écologie environnementale, étudiant notamment la circulation des métaux lourds dans les écosystèmes. C’est en 1999, lors d’un recrutement à la Scuola Superiore Sant’Anna de Pise pour concevoir des capteurs environnementaux, qu’elle bascule définitivement vers la robotique.
Son approche ? S’inspirer des solutions que l’évolution a optimisées depuis des millions d’années. "J’ai toujours été fascinée par la variété des solutions que la nature a sélectionnées", explique-t-elle. Son premier projet marquant : un robot mou inspiré de la pieuvre, démontrant qu’un système souple pouvait exercer des forces importantes sans endommager son environnement.
Dans les années 2010, Mazzolai se tourne vers un organisme encore plus inattendu : les plantes. Contrairement aux idées reçues, les végétaux ne sont pas statiques. Ils croissent en continu, adaptent leur morphologie à leur environnement, et explorent le sol avec une efficacité remarquable. Leur secret ? Une croissance localisée à l’extrémité des racines, qui réduit les frottements et l’énergie nécessaire pour s’enfoncer dans le sol.
Pour reproduire ce mécanisme, son équipe a conçu un robot dont la pointe intègre une mini-imprimante 3D. En déposant du filament thermoplastique au fur et à mesure de sa progression, le robot "pousse" littéralement à travers le sol, tout en intégrant des capteurs pour détecter des obstacles, des nutriments ou de l’eau. Ce projet, baptisé Plantoid, a ouvert la voie à des applications en agriculture de précision ou en surveillance environnementale.
Après avoir puisé dans la nature pour concevoir des robots, Mazzolai veut désormais que ces machines rendent à la nature. Dans un manifeste publié en juillet 2026 dans Nature Machine Intelligence, elle et ses collaborateurs proposent un nouveau champ disciplinaire : la robotique durable (sustainability robotics).
L’idée centrale ? Intégrer la durabilité dès la conception des robots, en trois piliers :
Mazzolai ne se contente pas d’écrire des manifestes. Son laboratoire travaille sur des prototypes qui incarnent cette vision :
La robotique durable n’est pas une simple évolution technique. C’est un changement de paradigme :
À 58 ans, Mazzolai incarne une nouvelle génération de roboticiennes et roboticien·ne·s qui refusent de dissocier innovation technologique et responsabilité environnementale. Son parcours montre que la robotique peut être à la fois audacieuse et respectueuse : audacieuse dans ses solutions inspirées du vivant, respectueuse dans sa volonté de préserver ce même vivant.
Comme elle le souligne : "Les jeunes générations veulent travailler sur des projets qui ont du sens. Elles savent que la technologie doit servir l’avenir, pas le détruire."
Lire le manifeste de Mazzolai dans *Nature Machine Intelligence* (juillet 2026)