Reshoring 2.0 : comment la robotique force les États-Unis à réinventer leur industrie


En août 2026, les États-Unis ont franchi une étape symbolique : le gouvernement a commencé à bloquer l’autorisation de vente pour les robots avancés fabriqués à l’étranger, invoquant des risques de cybersécurité et de dépendance aux chaînes d’approvisionnement. Une mesure qui vise directement les humanoïdes, quadrupèdes et autres robots mobiles connectés de plus de 2 kg, produits en Chine ou ailleurs. Pour les industriels américains, l’objectif est clair : forcer le reshoring en créant un marché captif pour leurs propres acteurs.
Mais derrière cette annonce se cache une réalité plus complexe. Les États-Unis n’ont pas encore les capacités industrielles pour remplacer, du jour au lendemain, les robots étrangers déjà déployés dans leurs usines. Et les startups locales peinent à suivre le rythme des géants chinois, capables de produire à moindre coût des machines polyvalentes.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, les installations de robots industriels aux États-Unis ont progressé de 11 %, avec 38 000 unités mises en service. Pourtant, la Chine reste de loin le premier marché mondial, avec 295 000 robots installés en 2024, soit 54 % du total mondial. Une domination qui s’explique par des coûts de production inférieurs de 30 à 40 % à ceux des États-Unis, selon une analyse de ieee-ras.org.
Pourtant, les industriels américains n’ont pas le choix. Les tensions géopolitiques et les risques de rupture d’approvisionnement les obligent à repenser leur dépendance. Schaeffler, le géant allemand des composants mécaniques, a déjà commencé à adapter sa stratégie : l’entreprise collabore avec des startups locales pour développer des robots humanoïdes adaptés à ses besoins, tout en maintenant une partie de sa production en Europe. Une approche pragmatique, qui illustre la difficulté de concilier relocalisation et compétitivité.
Le marché des humanoïdes illustre parfaitement cette dynamique. En mai 2026, Humanoid, une startup britannique, a annoncé un partenariat avec Schaeffler pour déployer entre 1 000 et 2 000 robots dans les usines du groupe d’ici 2032. Une commande qui représente un investissement de plusieurs centaines de millions d’euros, mais qui reste un test à grande échelle. Les premières machines devraient arriver dans les usines allemandes dès fin 2026.
Côté américain, Mind Robotics, une spin-off de Rivian valorisée à 3,4 milliards de dollars en mai 2026, mise sur l’intelligence artificielle et les robots polyvalents pour séduire les industriels. Leur atout ? Des modèles entraînés directement dans les usines de Rivian, un environnement réel qui accélère l’adaptation des machines. Une stratégie qui rappelle celle de Tesla avec ses robots Optimus, mais avec une approche plus ouverte aux autres industriels.
Le problème, c’est que les États-Unis partent de loin. Contrairement à la Chine, où les écosystèmes industriels sont déjà matures, les acteurs locaux doivent tout construire : des usines de composants, des centres de R&D dédiés, et surtout, une main-d’œuvre capable de faire fonctionner ces machines. Le gouvernement mise sur des subventions et des incitations fiscales, mais le retour sur investissement prendra des années.
En attendant, les industriels américains doivent composer avec des robots étrangers déjà en place. La FCC a bien prévu des exemptions pour les modèles déjà autorisés, mais la mesure envoie un signal fort : le marché américain n’est plus un terrain de jeu neutre. Pour les fabricants étrangers, c’est un avertissement. Pour les locaux, une opportunité… à condition de ne pas se tromper de stratégie.
Note de Hype-mètre : 3/5 (Mesure protectionniste forte, mais résultats à long terme incertains).